Dans une économie où l’informel domine encore largement, la République démocratique du Congo choisit de reprendre la main sur un maillon clé du marché du travail : la publication des offres d’emploi. Par un arrêté signé le 9 octobre 2025, le ministre de l’Emploi, Ferdinand Massamba Wa Massamba, impose désormais un visa préalable de l’Office national de l’emploi (ONEM) avant toute diffusion d’annonce, quel qu’en soit le support.
Derrière cette mesure, une ambition affichée : moraliser un marché gangrené par les fausses annonces, les recrutements opaques et les intermédiaires douteux. L’ONEM devient ainsi le passage obligé, chargé de vérifier la conformité juridique des offres et d’en certifier la régularité. Une centralisation assumée, qui rappelle certaines politiques administratives européennes des années 1970, lorsque l’État cherchait à encadrer étroitement l’emploi pour mieux en maîtriser les flux.
Mais à Lubumbashi comme à Kinshasa, les acteurs économiques s’interrogent. Si la traçabilité et la protection des candidats constituent des avancées indéniables, le risque d’alourdissement administratif inquiète. Pour les entreprises, notamment les PME, cette procédure supplémentaire pourrait ralentir les recrutements dans un environnement où la réactivité est souvent décisive.
La sanction prévue — 500 dollars d’amende par offre non visée — traduit, elle, une volonté claire : contraindre plutôt qu’inciter. Une logique de discipline plus que de partenariat.
En filigrane, l’État congolais poursuit un double objectif : produire enfin des statistiques fiables sur l’emploi et affirmer son rôle de régulateur dans un marché encore fragmenté. Reste à savoir si cette régulation renforcée saura trouver l’équilibre entre contrôle nécessaire et fluidité économique — condition essentielle pour ne pas freiner une dynamique entrepreneuriale encore fragile.
